En passant par nos chers étudiants !

Ils sont funky, rigoureux et peuvent – à condition de ne pas se trouver dans la configuration d’un lendemain de cuite – faire preuve d’analyse cohérente et permettent de nous sortir de nos propres biais inhérents à nos expertises.Encore faut-il pour cela qu’eux même n’en soient pas victimes…

La démarche engagée par Nicolas BODIN, directeur des études de l’ENSMM, est aussi originale qu’ambitieuse. L’option « ingénierie de l’innovation » créée en partenariat avec l’Agence d’Intelligence Économique de Franche-Comté, est proposée aux étudiants de 3e année (BAC+5) sur un semestre théorique associé à un semestre de stage en entreprise. Après avoir planché sur la « mécanique des structures » et autre comportement des « matériaux en milieux continus », les étudiants sortent d’une optique essentiellement orientée technique pour aborder les choses avec un angle d’attaque business.

Déroulement de la formation :

Inutile ici de revenir précisément sur la formation, pour avoir ces informations, il suffit de cliquer ici.

La formation est transversale, elle commence par une introduction au marketing stratégique et de l’innovation, passe par la sensibilisation à la valeur de l’information, puis par la mise en place et le pilotage d’un projet de veille. Le semestre se conclue par un exercice de 36h de gestion globale des risques et des crises sur une problématique informationnelle (rumeur), technique (catastrophe naturelle) ou encore marché (entrée d’un nouveau concurrent sur un secteur clé), avec conférence de presse (factice mais avec de vrais journalistes).

Hétérogénéité des interventions : consultants, experts, conseillers techniques, communauté du renseignement, enseignants chercheurs, chefs d’entreprise.

De la mise en place au pilotage du projet de veille :

Deux projets sont prévus. Dans un premier temps, en début de semestre, les étudiants vont définir, chercher, proposer des sources possibles concernant leur recherche d’emploi et de stage. Le tout associé à une plate-forme collaborative créée par leur soin avec alerte mail en système push avec des conseils de professionnels du recrutement sur la rédaction de LDM et de CV.

Dans un second temps, les élèves ingénieurs en binôme traitent d’un cas concret sur une problématique marché bien définie sur une période de 6 mois. Une quinzaine d’entreprises partenaires vont suivre l’évolution des binômes, encadrés par des consultants et par l’AIEFC. Les groupes remettent un dossier d’analyse et une soutenance est prévue (il faut quand même leur donner une note).

Exemple :

« Dans quelle mesure la mise en place d’un bureau d’étude permettra à l’entreprise alpha d’entrer dans le marché du biomédical ? »

Le point le plus sympa de cette mission est la visite d’un salon de grande taille type MEDICA-COMPAMED à Düsseldorf, All. Dans lequel les juniors s’adonnent à la « prédation informationnelle » chère à Michel Iwochewistch.

Objectifs : préparer de futurs ingénieurs à la prise de décision.

Il est inconcevable de penser que jamais un ingénieur ne sera amené à aborder un jour la prise de décision en milieu complexe. Paradoxalement, leur esprit d’analyse, de synthèse et même de « débrouillardise » apportent indéniablement une base comportementale confortable pour y greffer une culture pour le management de l’information et de l’innovation. Ce qui n’est pas le cas des diplômés en école de commerce (exception faîte des formations spécialisées techniques de type NTIC).

Perfect timing ?

On observe en période actuelle que, sans parler de bouleversement fondamental du système, les stratégies de recrutement apportent un signal faible intéressant. Les directeurs généraux que nous sommes amenés à rencontrer nous disent tous la même chose : il faut que cesse les processus actuels d’ententes entre commerciaux B to B. Le marché va tendre encore plus vers des profils orientés technique (ou technico-commerciaux) avec des compétences de conseils techniques.

Limites de la formation :

1. Un problème de conceptualisation de certains thèmes, et surtout de conceptualisation de leur utilité. Autant l’utilité de la veille concurrentielle, de la protection d’un patrimoine informationnel est évidente, autant subsistent beaucoup d’interrogations quant à l’utilité stratégique d’une BCG par exemple.

2. Ensuite l’explosion de la demande. Malgré une campagne de dénigrement appuyée par les puristes de l’ingénierie technique (tout à fait concevable), les demandes sont en hausse.

3. Trop riche en trop peu de temps. Le double de temps pour pouvoir aborder sereinement l’ensemble des sujets proposés ne serait pas superflu.

Clairement, si le top management des entreprises, des collectivités et jusqu’aux plus hautes sphères des décideurs politiques, il y a consensus pour dire qu’en ces périodes de troubles, l’effort est la clé, défi strictement similaire concernant les formations qui devront, de facto, coller au plus près aux mutations professionnelles.

Et eux ils adorent réfléchir à la prise de décision en environnement complexe en écoutant ça :

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